Une analyse de l’Organisation de l’aviation civile internationale met en évidence les grandes priorités en matière de sécurité du transport aérien
Moins d’accidents en 2025, mais davantage de victimes : le dernier rapport de l’OACI sur la sécurité met en lumière les progrès de l’aviation et le défi le plus urgent auquel elle est confrontée
Montréal, le 23 juillet 2026 — Selon les données mondiales sur la sécurité que vient de publier l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), les entreprises de transport aérien ont convoyé un nombre record de passagers en 2025 – près de 5 milliards – et ont enregistré une baisse dans le nombre d’accidents par rapport à l’année précédente. Toutefois, le rapport tire la sonnette d’alarme : en dépit de la baisse des taux d’accidents et d’accidents mortels, le nombre total de victimes a augmenté, mettant ainsi en avant le défi que représente la prévention d’événements extrêmement rares mais aux effets catastrophiques, alors que l’engouement mondial pour les voyages continue de croître.
Ces données concernent les vols commerciaux réguliers effectués par des aéronefs dont la masse maximale au décollage (MTOM) est supérieure à 5 700 kg, et ont été publiées ce jour par l’OACI dans son dernier rapport sur la sécurité. Le rapport fait état des progrès réalisés dans le cadre du Plan OACI pour la sécurité de l’aviation dans le monde, qui fournit aux États membres, aux entités régionales et aux parties prenantes du secteur un cadre d’élaboration des stratégies visant à améliorer la sécurité de l’aviation civile internationale.
En 2025, les entreprises de transport aérien ont transporté environ 5 milliards de passagers sur 38 millions de vols, ces deux chiffres étant supérieurs à ceux de 2024. Sur la même période, le nombre total d’accidents est passé de 95 à 85.
« Ces résultats montrent que, malgré l’augmentation du nombre de voyageurs, il est à la fois possible et nécessaire de continuer à renforcer la sécurité de l’aviation », a déclaré Toshiyuki Onuma, Président du Conseil de l’OACI. « Ils reflètent le rôle de premier plan joué par l’OACI depuis des décennies dans la collaboration entre les États et le secteur privé pour recenser les risques, tirer des enseignements des accidents, renforcer la supervision et améliorer la sécurité à l’échelle mondiale. »
Moins d’accidents malgré une augmentation du nombre de vols
L’un des indicateurs les plus évidents de ces progrès est le taux d’accidents dans le monde, qui mesure le nombre d’accidents pour un million de départs.
En 2025, le taux mondial d’accidents s’est amélioré, passant de 2,6 à 2,2 accidents par million de départs, soit une baisse de près de 13 %. En d’autres termes, les entreprises de transport aérien ont assuré davantage de vols tout en enregistrant moins d’accidents globalement.
C’est sur la question des accidents mortels, dans lesquels au moins une personne a perdu la vie, que le renforcement de la sécurité a été le plus prononcé en 2025.
Le nombre d’accidents mortels est passé de 10 en 2024 à 4 en 2025, tandis que le taux d’accidents mortels a baissé de 60 %, passant de 0,27 à 0,11 accident mortel par million de départs.
Il s’agit là d’une avancée significative, car la stratégie de l’OACI en matière de sécurité vise non seulement à réduire le nombre d’accidents, mais aussi à prévenir les types d’accidents les plus susceptibles d’occasionner des pertes humaines.
Le Plan stratégique de l’OACI repose sur trois piliers ambitieux, parmi lesquels figure l’objectif de « zéro décès » dans l’aviation internationale découlant d’accidents ou d’actes d’intervention illicite.
Raisons de la hausse du nombre de décès en dépit des améliorations en matière de sécurité
Bien que le nombre d’accidents mortels ait diminué, le nombre total de décès est passé de 296 en 2024 à 387 en 2025. De même, le taux de mortalité, à savoir le nombre de décès par milliard de passagers transportés, est passé de 65 à 78.
Cette hausse s’explique par le fait qu’un très petit nombre d’accidents a entraîné une part importante des pertes humaines.
Un seul accident peut toucher des centaines de passagers. En 2025, un seul accident a fait 260 victimes, ce qui a eu une forte incidence sur le total annuel.
Cela illustre l’un des principaux défis auxquels est confrontée la sécurité de l’aviation moderne. Le secteur est devenu très efficace dans la prévention des accidents, mais continue de faire face au défi que constitue l’élimination des rares événements catastrophiques pouvant causer un nombre important de décès.
Priorités
L’OACI axe l’essentiel de ses efforts mondiaux en matière de sécurité sur les types d’accidents qui, dans le passé, ont occasionné les pertes humaines les plus importantes.
Ceux-ci sont désignés sous le nom de « catégories d’événements à risque élevé dans le monde » et sont définis dans le Plan OACI pour la sécurité de l’aviation dans le monde.
Ils sont notamment :
* l’impact sans perte de contrôle (CFIT) : lorsqu’un aéronef en état de marche percute involontairement le sol, une montagne, un plan d’eau ou un autre obstacle, souvent parce que l’équipage n’a pas pris conscience du danger.
* la perte de contrôle en vol (LOC-I) : lorsque les pilotes ne parviennent plus à maintenir le contrôle de l’aéronef pendant le vol. Ces événements sont rares mais souvent graves.
* la collision en vol (MAC) : lorsqu’un aéronef entre en collision, ou est sur le point d’entrer en collision, avec un autre aéronef en vol.
* la sortie de piste (RE) : lorsqu’un aéronef dépasse l’extrémité d’une piste ou s’en écarte latéralement lors du décollage ou de l’atterrissage.
* l’incursion sur piste (RI) : lorsqu’un aéronef, un véhicule ou une personne se trouve à tort sur une piste en service, créant ainsi un risque de collision.
Ces catégories représentaient à elles seules plus de la moitié de l’ensemble des accidents mortels survenus en 2025.
La perte de contrôle en vol, qui est à l’origine de près d’un tiers des accidents mortels parmi les catégories à haut risque de l’OACI, est la catégorie qui demande la plus grande attention. Comme ces accidents se produisent souvent rapidement et laissent peu de chances de redressement, leur prévention nécessite un investissement continu dans la formation des pilotes, les systèmes des aéronefs, la gestion de la sécurité et les initiatives liées aux performances humaines.
Les accidents liés à l’impact sans perte de contrôle (CFIT) représentaient une source de préoccupation majeure en 2025 car, bien qu’un seul accident de ce type ait été enregistré, il a occasionné plus de 10 % de l’ensemble des décès des suites d’un accident d’aviation dans le monde. Cela confirme une tendance de longue date en matière de sécurité de l’aviation, à savoir que les accidents de type CFIT sont relativement rares, mais entraînent souvent des conséquences catastrophiques lorsqu’ils se produisent. Les données indiquent qu’il demeure essentiel de continuer à accorder une attention particulière aux technologies de détection du relief, à la conscience situationnelle de l’équipage de conduite et aux mesures de sécurité opérationnelles, afin de réduire encore davantage le nombre de décès.
Les quatre accidents dus à une collision en vol en 2025 représentaient près de 15 % de l’ensemble des décès dans le monde, ce qui en fait l’une des catégories à haut risque les plus meurtrières lorsqu’elles se produisent. Ces données soulignent l’importance des technologies de prévention des collisions, des systèmes de gestion du trafic aérien et du maintien d’un espacement de sécurité entre les aéronefs dans un espace aérien de plus en plus congestionné et complexe. Alors que le trafic aérien continue de croître et que de nouveaux acteurs, tels que les drones et les véhicules de mobilité aérienne avancée, sont intégrés au système de l’espace aérien, la gestion du risque de collision restera une priorité mondiale essentielle en matière de sécurité.
Sur une note positive, le rapport souligne également les progrès réalisés en matière de sécurité des pistes. Aucun accident lié à une incursion sur piste impliquant le transport aérien commercial n’a été enregistré en 2025. La prévention de ces incidents est l’un des axes majeurs du Plan d’action mondial de l’OACI pour la sécurité des pistes. Le fait qu’aucun accident de ce type n’ait eu lieu en 2025 indique que les investissements dans les procédures aéroportuaires, les technologies, les communications et la sensibilisation des pilotes portent leurs fruits. La communauté de l’aviation doit continuer à tirer parti de ces progrès, car sept accidents liés à des sorties de piste se sont tout de même produits cette année-là, dont l’un a entraîné des blessures mortelles.
Des systèmes de sécurité solides sont essentiels
Au-delà des statistiques sur les accidents, l’OACI évalue également l’efficacité avec laquelle les autorités de l’aviation nationale assurent la supervision de la sécurité.
Cette efficacité est mesurée dans le cadre du Programme universel d’audits de supervision de la sécurité de l’OACI, qui évalue si les États disposent des lois, des réglementations, des inspecteurs, de l’expertise technique, des systèmes de supervision et des programmes nationaux de sécurité nécessaires pour garantir la sécurité des opérations aériennes.
Le rapport montre que les performances mondiales en matière de supervision de la sécurité ont continué de s’améliorer en 2025, le score moyen mondial atteignant 69 %. Une hausse du nombre d’États atteignant le niveau cible de supervision de la sécurité fixé par l’OACI a également été enregistrée.
Toutefois, des défis subsistent. Les principales faiblesses recensées à l’échelle mondiale concernent :
* la résolution des problèmes de sécurité identifiés ;
* le maintien d’effectifs suffisants en personnel technique qualifié ;
* la mise en œuvre d’une supervision et d’inspections de sécurité efficaces et continues.
Il est essentiel que les autorités de réglementation de l’aviation civile des États améliorent ces domaines, car une supervision solide de la sécurité contribue à prévenir les accidents.
Réduire le nombre de décès à zéro
« Les enseignements tirés des données constituent un moyen efficace d’encourager les États à concentrer davantage leurs efforts sur les domaines où les faiblesses ou les risques sont les plus marqués », a fait remarquer le Secrétaire général de l’OACI, Juan Carlos Salazar. « L’OACI s’engage pleinement à assurer un renforcement des capacités, une assistance technique et un soutien à la mise en œuvre ciblés afin d’aider les États à apporter des améliorations mesurables en matière de sécurité dans ces domaines. »
Les données présentées dans le rapport sur la sécurité de cette année donnent des éclairages sur la mise en œuvre du Plan pour la sécurité de l’aviation dans le monde par les États membres de l’OACI. Ces informations les aideront à déterminer les domaines prioritaires nécessitant une attention accrue de la part des autorités responsables de la sécurité, ce qui pourrait déboucher sur une actualisation des plans de sécurité tant nationaux que régionaux.
Ce cycle continu de communication de données, d’analyses, de suivi et d’action est essentiel pour permettre à l’OACI et à ses États membres de progresser vers l’objectif de zéro décès.
Ressources pour les rédacteurs
À propos de l’OACI
Parce que la connectivité aérienne est cruciale pour le développement social et économique mondial, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) est à la tête d’initiatives visant à assurer l’accès au transport aérien pour tous d’ici 2050, avec un objectif de zéro décès et une réduction à zéro des émissions nettes de carbone. Conformément à son plan stratégique à long terme, l’OACI collabore avec ses 193 États membres et toutes les parties prenantes du transport aérien pour élaborer des normes et des politiques applicables à l’aviation civile internationale et entreprend des activités de planification et de renforcement des capacités à l’appui de leur mise en œuvre par les États membres.
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